Éducation populaire en tension


« Ce que révèle la crise de l’éducation populaire du baromètre Hexopée à la vie des habitants de notre quartier » Enquête Hexopée (lien en bas de l’article)

La crise que traverse aujourd’hui l’éducation populaire n’est pas une simple tendance
statistique ou un effet d’annonce de plus dans un secteur associatif déjà habitué à composer
avec les difficultés. Elle est le reflet d’un désengagement politique profond, d’une violence
silencieuse faite aux habitants des quartiers populaires.
Le Baromètre Hexopée 2025-2026, étude de référence conduite auprès de plus de 1 300
structures de l’éducation populaire, le confirme : une part significative des associations
employeuses, dont les centres sociaux, vivent avec moins de trois mois de trésorerie, une
croissance des déficits, des arbitrages budgétaires contraints et des renoncements à des
projets essentiels .


À la Maison Jacques Prévert, nous ne lisons pas ces chiffres comme on lit un rapport
technique : nous les lisons comme la traduction concrète d’un refus progressif de garantir
l’égalité des droits à l’éducation, à la culture, à la participation, au lien social.

Quand les chiffres deviennent réalité sociale
Pour beaucoup d’habitants du quartier, notre centre social n’est pas un luxe : il est un espace
de respiration, de rencontre, d’entraide, d’accès aux droits et d’émancipation
. Quand une
famille vient pour un soutien administratif, quand un adolescent trouve un lieu pour créer,
quand une personne âgée trouve un café-rencontre, ce n’est pas un service « optionnel » :
c’est un droit fondamental de vivre dignement dans la cité.
Et pourtant, le baromètre Hexopée met en lumière l’effritement de ce socle : baisse des
financements publics depuis plusieurs années, augmentation des coûts structurels supportés
par les associations, recours à des arbitrages internes qui pèsent sur l’emploi et la qualité de
l’accueil .


Une politique publique en décalage avec les besoins
Ce qui est en jeu dépasse de loin la simple question du « budget des centres sociaux ». C’est
une question politique : quelle société voulons-nous construire ? Quelle place pour la parole
des habitants, pour l’accès à la culture, pour les solidarités quotidiennes ?

Aujourd’hui, les contraintes budgétaires transforment trop souvent les centres sociaux en
bureaux prestataires de services, atomisés, à la merci de financements fragmentés et
précaires. Cette logique technocratique nous éloigne de la fonction originelle de l’éducation
populaire : faire société avec et pour les habitants
, pas seulement sur le dos des habitants.
La baisse des financements publics a été progressive et insidieuse. Elle a été justifiée par des
impératifs d’austérité, par des réformes qui privilégient l’efficacité comptable au détriment
de l’efficacité sociale. Et pendant ce temps, les besoins des populations — eux — n’ont cessé
d’augmenter.


Le quartier comme baromètre vivant
Dans notre quartier, la Maison Jacques Prévert est un lieu où s’expérimentent la solidarité
concrète, la rencontre intergénérationnelle, la création artistique populaire, l’accès aux outils
numériques, le soutien à la parentalité, la lecture publique et tant d’autres actions qui tissent
du lien.
Pour les habitants, ces espaces ne sont pas des fichiers Excel ou des lignes budgétaires : ce
sont des lieux de vie. Quand une activité s’arrête faute de moyens, ce sont des visages qui
disparaissent des salles, des dynamiques de lien social qui se rompent, des familles qui se
sentent isolées.


Ce que la société perd quand l’éducation populaire s’affaiblit
Affaiblir la Maison Jacques Prévert, c’est affaiblir une infrastructure sociale irremplaçable,
c’est réduire l’accès de tous à la culture et à la vie collective, c’est accepter qu’au nom de la
rationalité budgétaire, on abandonne ceux qui ont déjà le moins.
Le baromètre Hexopée ne dit pas seulement que la situation est difficile. Il dit que le modèle
de financement qui porte aujourd’hui l’éducation populaire est en crise
. Et que si rien n’est
fait, ce ne sont pas seulement des structures qui périclitent, mais les possibilités mêmes
d’une société solidaire.


Une responsabilité politique et citoyenne
Nous ne demandons pas l’aumône. Nous demandons la reconnaissance pleine et entière de
la valeur sociale que représentent les lieux comme la Maison Jacques Prévert.
Nous appelons à une concertation réelle, à la mise en place d’un financement stable et
pérenne, à un statut de l’éducation populaire qui dépasse les logiques de court terme et de
projets ponctuels.

Nous demandons une politique publique qui place le bien-être collectif, l’émancipation et la
justice sociale au coeur de ses priorités, pas à la marge.
Parce que l’éducation populaire n’est pas un coût — mais un investissement pour notre
avenir

Ce que nous vivons ici, dans notre quartier, n’est pas un cas isolé : c’est le symptôme d’un
malaise plus profond dans notre manière de concevoir le vivre-ensemble.
Les centres sociaux ne sont pas un filet de sécurité seulement pour les plus fragiles : ils sont
des terrains d’apprentissage de la solidarité, de la démocratie, du respect et du partage.
Si la France veut être une démocratie vivante, elle doit investir

Enquête Hexopée

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